Biographie de Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)
Le 5 décembre 1791, Johann Christostomus Wolfgang Gottlieb Mozart mourait d'un accès de fièvre et, vraisemblablement, des traitements infligés par ses médecins qui tentaient de le soigner. Ce 210e anniversaire de sa mort ne sera pas souligné, bien entendu, par tout le délire musical autant que marchand qui avait entouré son bicentenaire. Mozart n'en a guère besoin. Il est partout, toujours.
Dans son taxi qui traverse Paris, l'écrivain Philippe Sollers s'interroge sur cette omniprésence. Son chauffeur asiatique lui a gentiment offert un choix de musique : des variétés puis, surprise, Bach et Mozart. L'auteur de Femmes et du Portrait du joueur opte pour le Requiem de Mozart, une version dirigée par Karl Böhm à Hambourg, en 1971, avec l'Orchestre philharmonique de Berlin. À la longue, le chauffeur en aura marre de ce Mozart trop intense pour lequel son passager révèle une évidente passion.
C'est le début de Mystérieux Mozart, une réflexion à couches multiples sur les présences variables de Mozart dans le monde d'aujourd'hui. Les Japonais, révèle Sollers, ont inventé un soutien-gorge « qui, en étant dégrafé, égrène un brin de Mozart ». Dans l'ascenseur d'un hôtel new-yorkais, la 40e symphonie. À Shanghai, chez un disquaire, la charmante vendeuse à qui il demande si elle aime Mozart lui répond, en anglais : « Quelle question, monsieur. »
Mozart, ajoute Sollers, « partage avec Vivaldi le privilège commercial d'être la musique classique d'attente et de fond… Nous allons répondre à votre appel, l'entreprise se porte bien, vous êtes sur la bonne voie gaie, légère, facile… La Terre est un grand magasin tournant, avec des bribes de Mozart à tous les étages. » Le Mozart jeune et joyeux, de préférence, « une viennoiserie » pour sucrer nos journées. Et pourtant, à l'autre extrémité du spectre de ce compositeur fulgurant mort dans la force de l'âge : « Mozart est sans doute le plus grand dramaturge ayant pris une forme humaine. »
Relevant les lettres, suivant ses pas, passant par les musées qui lui sont consacrés, jouant quelques notes sur son piano forte, contemplant des partitions originales à la dérobée, Philippe Sollers réagit en fan, en passionné de Mozart auquel des pans du personnage et de son existence échappent forcément : « Une répétition de Cosi chez Mozart, un matin de décembre à 10 heures, en présence de Joseph Haydn : nos caméras, hélas, n'étaient pas là. » Ce qu'on aurait donné pour être là, en effet !
Tout au long du livre, Sollers a des pages musicologiques magnifiques, entre autres sur la Flûte enchantée et La clémence de Titus, deux opéras tardifs dont il tire, en exégète, des conclusions sur la « force lumineuse » de la pensée Mozartienne, sur cet esprit des Lumières qui ne faisait vraiment pas qu'aligner des notes avec brio. La musique de Mozart est une musique qui a du sens. Beaucoup de sens. Et c'est pour cela que Sollers peut en parler comme d'un grand dramaturge.
On l'aura compris, le livre de Sollers n'est pas une biographie de Mozart, loin de là. Bien sûr, Sollers suit le parcours de son existence, sa trajectoire musicologique, le rapport entre sa vie et sa musique (peut-être l'absence de rapport, tant les difficultés personnelles côtoient souvent la composition de musiques d'une joie extraordinaire), mais il n'est pas là pour écrire le récit d'une vie.
Pour cela, parmi les nouveautés de l'année, on se référera au Mozart de Peter Gay, biographie assez compacte et éclairée de ce professeur émérite de l'Université Yale – lequel réfère par ailleurs avec déférence à l'ouvrage considérable de Maynard Solomon, paru il y a six ans. Effectuant un véritable travail d'historien, Gay répond souvent à des mythes tenaces (comme l » « assassinat » de Mozart par Salieri ou son enterrement dans une fosse commune) avec aplomb et documentation. Paru dans une collection de la maison Penguin que Fides publie aujourd'hui en traduction française (avec des titres nouveaux sur Joyce, Mao et Proust), ce livre d'une lecture agréable et raisonnée pose au passage de belles questions : sur la réception des œuvres de Mozart après sa mort, par exemple, dossier où les opinions ont connu des va-et-vient plus importants que l'on le croirait a priori.
Gay comme Sollers sont constamment confrontés au mythe et à la légende, bâti rapidement après la mort du compositeur par sa veuve Constance, soucieuse de rehausser le prestige de son mari (et par là, la valeur considérable de ses partitions manuscrites). Être d'exception, personnalité complexe, impressionnant par son œuvre, déroutant par son personnage, passant allègrement du sublime au grossier, du comique au tragique, remarquablement perspicace, travailleur acharné ne renonçant pas pour autant aux joies de l'existence, Mozart se défie des interprétations simples et se refuse au résumé. Mystérieux en effet, ce Mozart qui, peut-être en raison de son mystère, reste avec nous, toujours.
Philippe Sollers, Mystérieux Mozart, Paris, Plon, 243 pages.
Peter Gay, Mozart, traduit de l'anglais par François Tétreau, Montréal, Fides, 237 pages.
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